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C’est une abnégation des plus humbles envers les pauvres. J’ai donc vu ces dames en leur costume de ville robe noire, en cheveux ou en coiffure de plus, seulement un long tablier de laine rouge à large bavette montant sur la poitrine, et de larges manches retroussées au besoin; quelques-unes avaient conservé leurs bijoux, broches, pendants d’oreilles, bracelets n’importe. Je les ai vues chacune prendre une de ces mendiantes sous son bras, avec une serviette sur l’autre, la conduire a la salle des bains, la déchaussant, lui lavant les pieds, les essuyant comme elle ferait à leur enfant, puis la rechaussant et la conduisant au réfectoire pour la servir à table comme elle le ferait à sa mère. J’ai trouvé tout cela très-moral, ainsi que très édifiant que l’on dise après cela que le riche méprise le pauvre, en face de si belles actions de charité partant de si haut 1, Est-ce beau, oui ou non? Je le demande. Voici comment cela se passe la salle des bains est parfaitement disposée à cet usage il y a peut-être une cinquantaine de baignoires, je ne les ai pas comptées, l’une à côté de l’autre; chaque baignoire a ses robinets pour l’entrée et la sortie de l’eau, le siège pour s’asseoir a l’élévation d’une haute chaise devant, est une marche sur laquelle se met à genoux ou s’assied, pour remplir son pieux office, la personne qui s’y dévoue tout est en bois très-propre puis, quand l’opération est achevée, on la renouvelle une deuxième, troisième ou quatrième fois, selon le nombre des pauvres, qui, en quittant cette salle, passent dans une autre pour attendre que la kyrielle soit finie

Relation de mon voyage en Italie, par Mme Fanny Albrand, Éditeur :  M. Olive (Marseille), 1871, page 63

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