Le meilleur des mondes possible

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Un bâtiment gris et trapu de trente-quatre étages seulement. Au-dessus de l’entrée principale, les mots Centre d’Incubation et de Conditionnement de Londres-Central, et, dans un écusson,; la devise de l’État mondial : Communauté, Identité, Stabilité.

Aldoux Huxley, Le meilleur des mondes (traduction de Jules Castier)

Il vivait seul dans un grand immeuble aveugle et dégradé avec ses milles appartements inoccupés, qui retournait peu à peu, comme tous ses semblables, à l’entropie, aux ruines… A la longue, tous ce que contenait l’immeuble tournerait en ratatouille indistincte, fatras sans nom empilés du plancher au plafond de chaque appartement, couches indifférenciées d’un pudding hétérogène et pourtant homogène. Ensuite, l’immeuble lui-même perdrait peu à peu sa forme, rejoignant dans son ubiquité triomphante la cendre et la poussière. Mais bien sûr, il serait lui-même mort depuis longtemps. Debout dans cette salle de séjour condamnée, face à l’immensité vide et palpitante d’un silence vaste comme le monde, il trouva que c’était encore un beau sujet de méditation.
Mieux valait, peut-être rallumer la télé?

Philip K. Dick, Blade Runner (traduction Serge Quadruppani)