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On voyait dans le coin une baignoire dont on avait épuisé l’eau. Couché là comme dans un tombeau ou dans un sarcophage, recouvert à la hâte d’un drap et d’une couverture, était le cadavre d’un homme mal bâti, avec une tête obtuse, des traits ignobles, communs et grossiers. On avait ouvert un vasistas afin de laisser échapper la vapeur dont le cabinet était plein : elle s’était condensée en gouttes épaisses qui coulaient le long des murs et le long de ce visage et de ce corps immobile. Le cabinet conservait encore une température assez élevée, la baignoire n’avait pas eu le temps de se refroidir; mais le visage et le corps du baigneur laissaient à la main une sensation de moiteur gélatineuse. Le fond de la baignoire de marbre blanc était veiné d’un rouge terrible. Sur une tablette voisine on voyait une bouteille vide qui avait contenu du laudanum, et un canif à manche d’écaillé taché mais, non avec de l’encre.

La petite Dorrit : roman anglais. Tome 2, par Ch. Dickens, Hachette et Cie (Paris), 1869,  page 264